Toi qui connais du monde • Paul Fournel
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Auteurice
Paul Fournel
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Illustrateurice
Romain Van de Louw
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Année de parution
2022
De la Normandie à la Roumanie en passant par le Liban, San Francisco, l’Irlande ou l’Auvergne, c’est un recueil de rencontres avant tout : un pays se révèle par les êtres croisés, toujours inscrits dans une occupation, un geste, un corps.
Chaque étape fait naître une forme qui lui est propre, offrant au lecteur une expérience immersive. En Roumanie, les poèmes en proses nous font rentrer dans les intérieurs des maisons, dans les quotidiens. À San Francisco, le vers se raccourcit pour aiguiser le portrait d’une ville rythmique aux lignes de fuites océaniques, à l’humanité bigarrée, proche ou inquiétante. Les sonnets de Normandie nous immergent dans la folie gouailleuse du Grand Hôtel, au bord de la grisaille respirante de la mer et du ciel.
Paul Fournel déteste le tourisme. Le voyage pour lui est un lieu de travail, toujours. Le touriste voit ce qu’on lui donne à voir ; le travailleur voit… ce qu’il voit. L’authenticité est essentielle. Sur ces terres étrangères, on ne viendra pas superposer nos fantasmes. Et on n’y verra ni absurde ni réalisme magique. Le voyageur, le poète comme le lecteur, se confrontera au très concret du voyage.
Loin de se positionner en simple témoin ou en observateur neutre, le voyageur appartient tout entier à ce qu’il découvre et décrit. Il est présent avec ses baskets, sa blancheur, sa position sociale, parfois dans un rapport d’adéquation et parfois en décalage. On parlerait peut-être aujourd’hui de discours situé. Mais on peut surtout y voir un désir de lucidité pour soi-même et de sincérité vis-à-vis du lecteur.
Ce livre a été d’abord publié au Mercure de France en 1997, c’était le premier recueil de poèmes de Paul Fournel. « Ce qui m’intéresse dans la pratique de la poésie, c’est de retrouver une forme de simplicité, de racine de l’écriture poétique : quelque chose qui peut rendre des comptes à la chanson, au mirliton, au populaire, au peuple – vraiment des choses simples. »
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« L’écriture de Fournel est une aventure, au sens où elle multiplie les expériences dans la confusion délibérée d’une découverte du réel par les mots et l’étonnement devant l'engendrement du texte par lui-même. (...) Cet ancrage têtu dans l’humain se confond avec l’humour qui caractérise une œuvre foisonnante, quand s’abolissent les frontières entre la liberté et la règle, le sourire et la nostalgie, les dures leçons de l’expérience et les verts paradis de l’enfance. »
Michel P. Schmitt, Encyclopedia Universalis
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« L’expérience du voyage en terrain étranger est l’expérience du dynamisme de la signification chez Fournel. C’est à la fois l’impression d’être éloigné des courants linguistiques qui circulent autour de soi – les soi-disant « fautes d’oreilles » et le sentiment de se trouver à l’extérieur des significations les plus banales ; et l’impression d’être baigné dans la pluralité des significations et de leurs constellations possibles. L’expression phatique de tous les jours devient mystérieuse par le processus de défamiliarisation et se transforme jusqu’au rire. »
Rachel Galvin, « Brassage, bilinguisme, stéréoscopie : les voyages américains de Paul Fournel », in Paul Fournel, liberté sous contrainte, Camille Bloomfield, Alain Romestaing, Alain Schaffner (éds.), Presses de la Sorbonne Nouvelle.
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Voyager c’est cirer l’extérieur de la boule
il n’y a pas de voyage profond
des caresses
rien que des caresses
dans l’espace violent
Voyager c’est frotter
méthodiquement la terre
petit pilon du pied
meule du pneu
chiffon doux du boyau de soie
de la bicyclette
vibration des grands trains
souffle juste des avions
sur leurs lignes
qui croisent et recroisent
et marquent leurs nœuds de traînées
de caoutchouc noir
qui ne rebondit pas
voyager c’est
polir sa boule